In Memoriam : Andre REY (69e)

Publié le August 21, 2025
 
André REY (69e) nous a quittés le 10 juillet 2025.
 
Ex-Ingénieur pétrolier chez Elf, il était passionné de montagne.
 
 
Le dimanche 7 juillet 1985 à 8h10, André REY arrive au sommet de l'Aiguille Verte (4 122 m), après 6 jours de préparation avec Michel, son guide. L'un des plus grands moments de sa vie.

André REY était également un ami très proche de sa camarade de promotion Alice RECOQUE (69e). Son fils, Frédéric REY, nous a transmis en particulier cette photo d'Alice et André, reprise dans les nombreux articles de presse qui dressent le portrait d'Alice RECOQUE :
 
 
André REY a écrit ses mémoires, et nous remercions également Frédéric REY de nous avoir transmis les extraits qui évoquent sa formation d'ingénieur à l'ESPCI (1950-1954) et son amitié avec Alice RECOQUE :
 
« Je voulais faire l’École supérieure de physique et chimie industrielle (ESPCI). Mes parents ne considéraient pas que c'était indispensable que je sois polytechnicien. Ils ne me désavouaient d'ailleurs jamais. Toujours avec eux dans cette grande villa de Montmorency, je prenais le train à la gare du Nord pour rentrer le soir. À un moment, on a fait un essai pour que j'aie un studio d'étudiant, mais j'ai renoncé rapidement. Je n'entendais rien aux activités domestiques. Il s'agissait d'une chambre louée je ne sais plus où. Toutes ces affaires ménagères, faire les courses, cuisiner pour se nourrir, manquer de casser une vaisselle, les vêtements, le linge de maison... ce n'était vraiment pas mon truc. Cela aura pris moins d'un mois pour que je retourne dare-dare chez Papa et Maman, ça valait mieux !

J'ai donc présenté la physique-chimie en 1949 pour être finalement reçu malgré quelques déboires en maths à l'écrit. On nous a fait démarrer un samedi parce que le 1er octobre tombait un samedi. Alors que la logique aurait voulu une rentrée universitaire soit le vendredi 30 septembre soit le lundi 3 octobre. Cela faisait treize ans que je n'étais pas entré en classe avec des filles. L'événement, c'était ça aussi pour moi. C'était la première année depuis plus d'une décennie que j'entrais dans une classe mixte.
[...]
Dans l'école, la proportion de filles-garçons, c'était six filles pour une vingtaine de garçons. Autant dire qu'il fallait beaucoup d'adresse pour capter l'attention de l'une d'elles. Car cette pression conformiste augmente avec les années. Eh oui : l'époque des fiançailles démarre. La guerre s'est éloignée et la vie reprend ses droits, heureusement !
[...]
Revenons maintenant à mes études. Après la prépa maths sup-maths spé pendant deux ans, je me suis retrouvé dans cette classe de l'École supérieure de physique, pour passer le concours fin juin. Le surveillant général, les directeurs, les professeurs, etc. je n'ai pas gardé de souvenirs précis, mais je me rappelle le surveillant qui annonçait les admissibles à l'oral « Rebois, Recoque, Renetot, etc. ». Jusqu'au quatrième nom, je n'en pouvais déjà plus. Puis j'entends enfin le mien ! Alice, ma meilleure copine de prépa, m'avait dit « Je crois que tu n'y es pas » alors qu'un autre copain m'avait dit exactement le contraire. Quel suspense ! J'étais finalement reçu trente-cinquième sur environ quatre-vingts places d'étudiants et une centaine de candidats. Alice est devenue l'une de mes grandes amies, une femme fine, cheveux châtains raides coupés court, un visage un peu pointu, aiguisé par une hygiène de vie stricte, mais éclairé par de jolis yeux verts. Elle n'était ni vraiment la plus jolie ni la plus intelligente, mais c'était celle qui avait sans conteste le plus de personnalité. Elle faisait partie de ma promotion et m'avait dans l'ensemble tapé dans l'œil comme on dit. Hélas ! Elle est très vite tombée amoureuse de son Robert Recoque... Je l'ai revue le samedi 1er octobre 1949, lors de l'entrée à l’École de chimie où elle m'a parlé de quoi ?... de la prise de pouvoir de Mao Tsé Toung à Pékin ! Elle avait de la conversation et s'intéressait à tout.
Je suis resté ami avec elle et son époux Robert pendant plusieurs années. Elle était amoureuse de lui, mais pas de moi. C'était très bien ainsi finalement. J'avais beau avoir le béguin, je n'étais quand même pas mûr pour me marier. À l'époque, je devais ressembler à un Didier Raoult en plus foncé peut-être (rires) !

Après les années de prépa maths sup et maths spé, j'entrais donc dans une grande école de physique-chimie pour devenir ingénieur. Mon père refusait l'idée que j'aille user mes fonds de pantalon sur les bancs de la fac. Je ne me voyais pas du tout faire Polytechnique parce que j'étais bien conscient de ne pas être assez fort en maths. J'ai d'ailleurs non seulement dû repasser l'oral le 4 octobre 1947, mais en plus raté une épreuve de l'examen final à cause d'une prof correctrice. Mon père n'était pas très content ! Cependant, cette circonstance finale m'a plutôt bien servi lorsque j'ai passé mon premier entretien d'embauche.

L'école de physique-chimie a duré quatre ans. J'étais assez passionné de ski. Je n'arrivais pas à me faire à l'idée de ne pas pouvoir faire de ski à Noël à cause des sessions d'examens deux fois par an, la session fin juin et celle de février. Lorsqu'on sortait fin décembre avec nos amis, lorsqu'on leur disait qu'à partir du 1er février démarraient les sessions d'examen de notre école, ils nous répondaient : « Mais qu'est-ce que c'est qu'cette école !? » Ça paraissait aberrant de ne pas pouvoir sortir les soirs de décembre à cause des révisions. Je n'ai donc pas réussi à atteindre une moyenne suffisante principalement à cause du ski. Il fallait avoir une moyenne supérieure ou équivalente à 15 sur 20 et ce n'était pas mon cas. Évidemment, cette réalité ne plaisait pas à mon père, mais d'une certaine manière je ne trahissais pas ses précédentes recommandations à propos d'un intellectuel incapable de descendre une piste à ski. En même temps, il me faisait des reproches, mais il se battait quand même pour faire en sorte que je ne me retrouve pas en faculté de sciences. Il avait fait la guerre de 14-18. En 39-45, il ne faisait pas de résistance active. À ma question légitime sur ce constat, il m'a répondu : « Les Anglais nous ont emmenés là, eh bien qu'ils nous en tirent ! » Ce fut sa réponse à la question de savoir pourquoi il n'entrait pas en résistance. C'était avant qu’Hitler ne pénètre en Russie, début juin 1941.
 
[... Guerre d’Algérie ...]
 
De retour d'Algérie, mon père m'a aidé à trouver un travail. C'était en principe dix-huit mois de service militaire, mais j'en avais fait trente à cause de la guerre. J'avais vingt-huit ans en 1957 et je ne voulais pas retourner aux études. À la sortie de l'école, il fallait avoir 15 sur 20 de moyenne générale en dernière année et ce n'était pas mon cas. Ma solde mensuelle de caporal-chef patiemment mise de côté, je me refusais à recommencer comme avant les allers-retours en train et métro tous les jours, si je reprenais des études. Je ne l'envisageais pas une seule minute. Il fallait donc que je travaille. L'été 1957 s'annonçait aussi torride qu'en Algérie, mais j'étais rentré et mon objectif était simple : trouver un travail au plus tard pour septembre.

Il s'agissait de la RAP, la Régie autonome des pétroles, mon premier poste de travail, rue Jean Nico. Mon père allait à des réunions de travail, des réunions d'amis protestants dans lesquels il interrogeait ses connaissances. Il fréquentait plus ou moins des gens de l’École centrale et l'un des amis du groupe lui a dit qu'un des leurs cherchait des ingénieurs de recherche. Grâce à ça, j'ai obtenu ce premier entretien d'embauche qui n'a été suivi d'un deuxième que des mois plus tard. J'étais vraiment content de cette rencontre. Cela a duré à peine quelques minutes. Mon interlocuteur me dit dans son bureau : « Venez avec moi, je vous emmène rencontrer le responsable du service des gisements. J'aime autant vous prévenir... M. Muriant va vous passer sur le gril. » En effet, il a fallu expliquer pourquoi ma moyenne de dernière année était si basse. Le ski n'était sans doute pas une excuse valable ! Je me suis donc lancé, avec aplomb et doute mélangés, dans le détail suivant : en chimie, il y avait une enseignante du nom de Mme Bramar qui avait été la maîtresse de Paul Langevin. Plaquée par son amant, à la suite de cette déconvenue, cette enseignante avait pris l'habitude de saquer les élèves sortant de notre école. Ses corrections prenaient tout le temps un tour de semonce irréversible à chaque fois qu'elle tombait sur une de nos copies d'examen.

Le coup de chance incroyable fut que M. Muriant, à l'époque où il étudiait, était tombé lui aussi sur cette fameuse Mme Bramar. L'entretien a continué et j'ai été embauché. Je l'ai su très vite et j'étais réellement ravi. »

Nos exprimons nos remeciements les plus chaleureux à Frédéric REY et à toute sa famille pour ce précieux partage, en mémoire de notre camarade André REY.